Les refuges Napoléon font partie du patrimoine montagnard le plus singulier des Alpes françaises. Nichés sur les grands cols des Hautes-Alpes, entre 1 268 et 2 290 mètres d’altitude, ces bâtisses historiques accueillent depuis plus d’un siècle et demi randonneurs, cyclistes et amoureux de la montagne. Deux d’entre eux concentrent aujourd’hui l’essentiel de l’intérêt des voyageurs : le refuge Napoléon de Vars et celui du col d’Izoard. Avant de planifier votre étape, mieux vaut comprendre leurs différences, leur histoire et ce qu’ils proposent concrètement — car les confondre est une erreur fréquente, même chez les habitués de la Route des Grandes Alpes.
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Un héritage impérial taillé dans la roche alpine
L’histoire des refuges Napoléon commence bien après la mort de l’Empereur. Dans son testament rédigé à Sainte-Hélène, Napoléon Ier lègue une partie de ses biens aux régions françaises les plus éprouvées par les conflits de l’Empire, dont les Hautes-Alpes. Ce n’est que sous Napoléon III, en 1856, que le préfet Alexandre Le Peintre propose de consacrer ce legs à la construction de refuges de montagne. L’idée, approuvée par le Conseil général, vise à protéger « les malheureux surpris par la tourmente ou arrêtés par les avalanches » sur les cols les plus dangereux du département.
Six refuges sont finalement bâtis entre 1857 et 1858, tous conçus sur le même plan architectural : cave, rez-de-chaussée avec salle commune, cuisine et écuries, étage avec logement du gardien et chambres pour les voyageurs. Chaque établissement est régi par un règlement prescrivant au gardien de sonner la cloche à intervalles réguliers en temps de brouillard et d’allumer un fanal pour guider les voyageurs la nuit. Aujourd’hui, quatre de ces bâtisses existent encore : aux cols de Vars, d’Izoard, de Manse et du Noyer. Les refuges des cols Agnel et Lacroix ont, eux, disparu ou ne laissent que des ruines.
Les refuges Napoléon encore debout dans les Hautes-Alpes
Pour mieux saisir l’étendue de ce réseau historique, voici un tableau comparatif des quatre refuges Napoléon toujours accessibles :
| Refuge | Col | Altitude | Accès hiver | Services actuels |
|---|---|---|---|---|
| Refuge Napoléon de Vars | Col de Vars | 1 990 m | Route ouverte / navette ski | Hôtel, restaurant, bar, terrasse |
| Refuge Napoléon de l’Izoard | Col d’Izoard | 2 290 m | Raquettes, ski de fond (~1h30) | Chambres, restaurant, luges prêtées |
| Refuge Napoléon de Manse | Col de Manse | 1 268 m | Route accessible | Variable selon saison |
| Refuge Napoléon du Noyer | Col du Noyer | 1 664 m | Route accessible | Reconstruit, services limités |
Le refuge Napoléon du col d’Izoard : une halte mythique sur la Route des Grandes Alpes
Perché à 2 290 mètres d’altitude sur la D902 reliant le Briançonnais au Queyras, le refuge Napoléon du col d’Izoard est le plus élevé des six construits au XIXe siècle. C’est aussi l’un des points de passage les plus photographiés des Alpes françaises : la terrasse surplombe les derniers lacets d’une montée que le Tour de France a gravie à 36 reprises, et les amateurs de cyclisme reconnaissent immédiatement les virages de la Casse Déserte, ce paysage lunaire classé qui débute quelques centaines de mètres au-delà.
Le bâtiment central date de 1858, mais il a été agrandi en 1880, puis en 1978. Aujourd’hui géré par une équipe familiale passionnée, il propose une cuisine maison généreuse : plats du jour, spécialités montagnardes et, surtout, des tartes faites sur place dont la réputation dépasse largement les frontières du Queyras. La capacité d’hébergement est d’une vingtaine de personnes, entre chambres décorées avec caractère et ambiance refuge authentique.
Comment accéder au refuge en été comme en hiver ?
La D902 reliant Briançon à Guillestre via Cervières est ouverte aux voitures, cyclistes et motos du printemps à l’automne. Le refuge se situe quelques centaines de mètres avant le sommet du col, côté Briançonnais. En été, l’accès est direct en voiture ou à vélo, avec un parking gravier disponible sur place.
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En revanche, dès la fermeture hivernale de la route, l’accès se fait uniquement à pied, en raquettes, en ski de fond ou en ski de randonnée depuis le hameau du Laus. Comptez environ 1h30 de marche. Cette contrainte, loin de décourager les visiteurs, ajoute une dimension aventure appréciée des habitués. Une fois sur place, le refuge prête des luges pour une descente inoubliable sur les 7 kilomètres qui séparent l’établissement du village. Ceux qui cherchent d’autres expériences hivernales dans les Hautes-Alpes seront ravis d’apprendre que plusieurs stations de ski des Alpes du Sud se trouvent à moins d’une heure de route.
Hébergement et restauration : ce que propose le refuge de l’Izoard
L’offre de restauration s’articule autour d’une carte courte mais bien maîtrisée :
- Plats du jour à base de produits locaux et de saison
- Spécialités montagnardes : tartiflette, polenta, fromages régionaux
- Tartes maison (myrtille, citron meringuée, frangipane) devenues une signature de l’établissement
- Bar ouvert en journée pour les randonneurs et cyclistes de passage
Pour l’hébergement, la formule demi-pension tourne autour de 95 euros par adulte et 65 euros par enfant de moins de 12 ans (tarifs 2024, à confirmer directement auprès du refuge au +33 4 92 21 17 42). La taxe de séjour s’ajoute à raison de 0,66 euro par nuit et par adulte. Les horaires d’ouverture estivaux s’étendent généralement de début juin à fin septembre.
Le refuge Napoléon de Vars : l’auberge familiale face au lac de montagne
Situé à 1 990 mètres d’altitude sur la route du col de Vars, à quelques kilomètres du domaine skiable de La Forêt Blanche, le refuge Napoléon de Vars offre une expérience sensiblement différente. Il fait face à un petit lac de montagne, gelé en hiver et miroitant en été, qui compose un cadre particulièrement reposant. La terrasse plein sud bénéficie d’un ensoleillement exceptionnel même en plein hiver, ce qui en fait un arrêt apprécié autant des skieurs que des randonneurs estivaux.
Contrairement à son homologue de l’Izoard, le refuge de Vars est accessible en voiture toute l’année et bénéficie d’une navette gratuite toutes les demi-heures depuis la station en saison hivernale. Une grande différence pratique pour les familles ou les voyageurs qui ne souhaitent pas s’équiper pour une approche hivernale. Les animaux de compagnie sont acceptés, ce qui constitue un avantage non négligeable pour de nombreux voyageurs.
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Services, menu et hébergement à Vars
L’établissement propose 7 chambres tout confort exposées plein sud, avec vue sur les sommets, ainsi qu’un dortoir pour les groupes. Toutes les chambres sont équipées du WiFi et d’une télévision. L’offre de restauration est généreuse :
- Carte disponible midi et soir, adaptée aux sportifs de montagne
- Le dimanche soir hors vacances scolaires : fondues, raclettes et fondue bourguignonne en exclusivité
- Petit-déjeuner copieux, idéal avant une journée de ski ou de randonnée
- Produits du terroir préparés maison, tarte à la myrtille régulièrement citée dans les avis clients
L’ambiance intérieure est typiquement montagnarde : boiseries, chaleur d’un vrai refuge de col, accueil sincère. Plusieurs visiteurs réguliers soulignent la qualité constante des repas et le rapport qualité-prix jugé très correct pour un établissement d’altitude. Pour les amateurs de gastronomie en montagne, les restaurants du plateau de Risoul, à proximité, complètent bien l’offre de restauration de ce secteur des Hautes-Alpes.
Vars ou col d’Izoard : comment choisir son refuge Napoléon ?
La confusion entre les deux établissements est si fréquente que les gérants eux-mêmes le signalent régulièrement à leurs clients. Tous deux se trouvent sur la Route des Grandes Alpes, tous deux portent le même nom, et tous deux sont construits selon le même modèle architectural du XIXe siècle. Pourtant, leur usage et leur ambiance diffèrent sensiblement.
Si vous voyagez à vélo ou à moto sur la Route des Grandes Alpes et souhaitez une étape spectaculaire avec montée sportive, le refuge de l’Izoard s’impose naturellement. La Route des Grandes Alpes, qui traverse les plus beaux cols alpins de Thonon-les-Bains à Menton, est d’ailleurs parfaitement documentée par le site officiel de la Route des Grandes Alpes, référence incontournable pour préparer ce périple. Si vous venez en famille avec des enfants ou des animaux et préférez éviter une approche hivernale physique, le refuge de Vars répondra mieux à vos attentes. Voici les principaux critères pour décider :
- Accessibilité toute l’année en voiture : Vars
- Altitude et vue spectaculaire : col d’Izoard
- Ski de fond / raquettes en hiver : col d’Izoard (approche requise)
- Animaux de compagnie acceptés : Vars
- Descente en luge après le repas : col d’Izoard
- Navette depuis la station de ski : Vars
- Proximité de la Casse Déserte : col d’Izoard
- Chambre avec vue sur un lac : Vars
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Activités autour des refuges Napoléon : entre cols mythiques et paysages alpins
Les deux refuges sont bien plus que de simples points de restauration ou d’hébergement. Ils constituent des bases idéales pour explorer l’un des territoires alpins les plus riches de France. Autour du col d’Izoard, les randonneurs disposent de nombreux itinéraires balisés : montée au col des Hourdeis, au col Perdu, au col de Peygus, ou encore vers le Pic de Rochebrune (3 320 m). Le site de la Casse Déserte, classé, mérite absolument une halte : ses pitons de cargneules évoquent un paysage quasi lunaire que les amateurs de photographie de montagne n’oublieront pas de sitôt.
Du côté de Vars, les activités hivernales sont nombreuses : le domaine skiable de La Forêt Blanche et de Risoul forme l’un des espaces skiables les plus importants des Alpes du Sud. Pour ceux qui souhaitent découvrir le domaine depuis les pistes, les plan des pistes de Vars permettent de bien préparer ses journées. En été, la route du col de Vars (2 108 m) attire une foule de cyclistes, de motards et de camping-caristes qui font de cette D902 l’une des plus fréquentées des Hautes-Alpes entre juin et septembre.
Préparer votre séjour : infos pratiques et accès
Que vous visiez le refuge de Vars ou celui de l’Izoard, quelques préparatifs s’imposent pour profiter pleinement de l’expérience. Les deux établissements recommandent de réserver à l’avance, notamment en haute saison estivale (juillet-août) et en période de vacances scolaires d’hiver. Les capacités d’accueil restent limitées, et les nuits en demi-pension partent vite.
- Refuge Napoléon de Vars : 1 425 route du Col de Vars, 05560 Vars. Tél. : 04 92 46 50 00. Site : refuge-napoleon-vars.fr
- Refuge Napoléon de l’Izoard : 8 815 route du col de l’Izoard, 05100 Cervières. Tél. : +33 4 92 21 17 42
La route D902 est fermée à la circulation automobile entre Brunissard et Le Laus de novembre à mai-juin pour le col d’Izoard. Pour le col de Vars, la route reste praticable en hiver sous réserve des conditions d’enneigement. Pensez à consulter les informations routières actualisées avant de partir. Si vous voyagez depuis Marseille ou le littoral méditerranéen, les informations routières pour les Hautes-Alpes vous seront très utiles pour anticiper les conditions d’accès.
Ce que vivent vraiment les voyageurs sur place
Au-delà des descriptions officielles, c’est le témoignage des visiteurs qui donne la mesure de ces lieux. Du côté du refuge de Vars, les avis clients mettent régulièrement en avant la générosité des repas préparés maison, la chaleur de l’accueil et la beauté du cadre face au lac. La tarte à la myrtille revient comme une constante dans les retours positifs, tout comme la formule demi-pension jugée très accessible pour un établissement de ce niveau.
Au refuge de l’Izoard, c’est l’expérience globale qui marque les esprits : l’arrivée à pied en raquettes sous un ciel d’hiver, le repas chaud face à un panorama grandiose, et la descente en luge qui clôture le séjour. En été, les cyclistes et motards qui s’arrêtent pour une tarte et un café sur la terrasse ressortent systématiquement avec le sourire, convaincus de revenir. Ces haltes alpines s’inscrivent naturellement dans un séjour montagne plus large : si vous prévoyez plusieurs jours dans le secteur, les environs de Briançon et du Queyras offrent des possibilités d’excursions quasi illimitées.
Pour aller plus loin dans les Alpes du Sud
Les refuges Napoléon ne sont qu’une des facettes d’un territoire alpin d’une richesse exceptionnelle. Les Hautes-Alpes concentrent, sur un territoire relativement compact, des cols mythiques, des villages authentiques, des domaines skiables variés et une gastronomie montagnarde sincère. Que vous soyez cyclo-touriste souhaitant enchaîner les grands cols, randonneur en quête de nature préservée ou famille cherchant un hébergement hors des sentiers battus, ces haltes impériales offrent une porte d’entrée idéale sur ce patrimoine alpin hors du commun. Chaque refuge a son caractère, son histoire et son ambiance propre. Le plus beau cadeau que vous puissiez vous faire est d’aller les découvrir les deux.
FAQ
- Combien de refuges Napoléon existent encore aujourd’hui ?
- Sur les six refuges Napoléon construits entre 1857 et 1858 dans les Hautes-Alpes, quatre sont toujours debout et accessibles : au col de Vars, au col d’Izoard, au col de Manse et au col du Noyer. Les deux autres, érigés aux cols Agnel et Lacroix, sont soit en ruines soit complètement disparus. Ces bâtisses sont des monuments patrimoniaux du XIXe siècle liés aux legs testamentaires de Napoléon Ier, concrétisés sous Napoléon III.
- Quelle est la différence entre le refuge Napoléon de Vars et celui du col d’Izoard ?
- Les deux refuges se trouvent sur la Route des Grandes Alpes (D902) et portent le même nom historique, ce qui génère une confusion fréquente. Le refuge de Vars est situé à 1 990 m d’altitude, accessible en voiture toute l’année et dispose d’une navette depuis la station. Le refuge de l’Izoard, à 2 290 m, est le plus haut des deux et nécessite en hiver une approche à pied, en raquettes ou à ski depuis le hameau du Laus. Leurs ambiances et leurs offres de services diffèrent également : Vars est plus orienté auberge hôtelière, l’Izoard davantage refuge authentique de montagne.
- Peut-on dormir au refuge Napoléon du col d’Izoard ?
- Oui, le refuge de l’Izoard propose des chambres décorées avec caractère, pour une capacité totale d’une vingtaine de personnes. La formule demi-pension comprend le repas du soir, la nuit et le petit-déjeuner. Les tarifs constatés en 2024 étaient d’environ 95 euros par adulte et 65 euros par enfant de moins de 12 ans. La réservation à l’avance est fortement recommandée, surtout en haute saison estivale et en période de vacances scolaires.
- Comment accéder au refuge Napoléon de l’Izoard en hiver ?
- Dès la fermeture hivernale de la D902 (généralement de novembre à mai-juin), la route n’est plus accessible aux voitures entre Brunissard et Le Laus. Pour rejoindre le refuge, il faut partir à pied depuis le hameau du Laus : comptez environ 1h30 en raquettes, à ski de fond ou en ski de randonnée. L’effort est récompensé par un panorama saisissant et, en prime, le prêt de luges pour la descente après le repas. Le refuge est ouvert en hiver avec réservation obligatoire.
- Le refuge Napoléon de Vars accepte-t-il les animaux de compagnie ?
- Oui, les animaux sont généralement acceptés au refuge de Vars. Des frais supplémentaires peuvent s’appliquer selon l’animal. Il est toutefois conseillé de confirmer directement auprès de l’établissement avant de réserver, notamment pour les séjours en demi-pension ou en dortoir, les conditions pouvant varier selon les périodes.
- Faut-il réserver à l’avance pour dormir ou manger au refuge Napoléon ?
- Pour l’hébergement, la réservation est indispensable : les capacités sont limitées (une vingtaine de places à l’Izoard, 7 chambres et un dortoir à Vars) et les places partent rapidement en juillet-août ainsi qu’en vacances de février. Pour la restauration, une réservation est recommandée pour les groupes et en pleine saison, même si les passages spontanés sont souvent possibles en dehors des périodes de pointe.
- Quelles activités peut-on pratiquer autour du refuge Napoléon du col d’Izoard ?
- Le secteur est particulièrement riche en activités. En été : randonnées vers le col des Hourdeis, col Perdu, col de Peygus et le Pic de Rochebrune (3 320 m), mais aussi cyclisme sur la D902 (montée mythique du Tour de France), et visite du site classé de la Casse Déserte. En hiver : ski de fond sur les pistes balisées depuis Cervières, ski de randonnée, raquettes, et bien sûr la descente en luge depuis le refuge. Les passionnés de vélo apprécieront l’ascension du col d’Izoard depuis Briançon, 19 km à 6 % de moyenne.
- Quelles sont les spécialités culinaires servies aux refuges Napoléon ?
- Les deux établissements valorisent une cuisine montagnarde maison. À l’Izoard, les tartes faites sur place (myrtille, citron meringuée, frangipane) sont la signature reconnue du lieu, accompagnées de plats du jour et de spécialités alpines. À Vars, la carte évolue selon les saisons avec une mention spéciale pour les fondues, raclettes et fondue bourguignonne proposées le dimanche soir hors vacances scolaires. Les petits-déjeuners y sont aussi copieux et appréciés des sportifs.



